Extrait 8 : le système hormonal.

 Les racines de l’émotion, le système hormonal.

Nous avons été surpris durant la préparation de notre étude de constater à quel point la médecine contemporaine considérait comme un lieu commun l’idée que le système neuro-végétatif était le siège de nos émotions, et comment elle considère que son activité les induisait directement.1 L’émotion est selon elle la réaction d’une personne à une situation lorsqu’elle ne lui trouve aucune réponse normale. Alors, le système neuro-végétatif stimule l’organisme par l’émission d’hormones.

Les réactions du systèmeneuro-végétatif à l’environnement :

Face à une situation du quotidien, une personne dispose en général de réactions normales, innées ou acquises. Ce répertoire que conserve en mémoire la personne de réponses adaptées à diverses situations lui permet de réagir calmement et de façon raisonnée aux situations les plus diverses. Par contre, si elle neconnaît aucune réaction adéquate, la personne va réagir d’une façon différente, façon dont la manifestation extérieure ou le comportement trahira une émotion. 

Un des exemples de ce genre de situation parmi les mieux connus est celui de la réaction que l’on a face à un danger imprévu. Ce stress provoque une libération d’adrénaline qui a pour effet d’accélérer le rythme cardiaque et de dynamiser l’activité musculaire de façon à permettre à la personne de courir et de s’enfuir. En fait, l’adrénaline est distribuée dans le corps à chaque fois que celui-ci fait une dépense d’énergie (y compris par exemple lors d’un calcul mental). Simplement, cette libération d’hormones est telle dans le cas de la frayeur que la stimulation est très vive, ce que montre l’émotion de la personne (expression du visage, stimulations cardiaques et musculaires, etc.)

Certaines hormones ont pour effet de dynamiser l’activité du corps, d’autres au contraire ont pour effet de la ralentir, d’autres enfin de la réguler. L’hypophyse par exemple produit de nombreuses hormones qui ont pour but à la foi de dynamiser et d’harmoniser l’activité des autres glandes et de l’organisme. Le soir, la mélanine que sécrète la glande pinéale prépare le corps au sommeil. Ces diverses libérations hormonales produisent autant d’émotions, c’est à dire de comportements différents.

La joie est une réaction face à une situation inattendue mais heureuse. Elle est la conséquence en général à la libération soudaine d’un stress. La sensation d’être détendu est une autre émotion, qui correspond à une activité cardiaque et musculaire ordonnée, régulière, non excitée. 

Le principe du mouvement et du repos trouve dans l’activité ducorps neuro-végétatif une correspondance toute naturelle. Nous constatons que chaque émotion correspond à une mise en mouvement, ou au contraire à un plus grand repos du corps musculaire par les hormones du corps neuro-végétatif.

Lien avec la musique :

La musique rend remarquablement compte de cette activité corporelle, elle-même liée à cette activité hormonale, et il est aisé de montrer comment l’expression du mouvement et du repos en musique trouve de nombreuses correspondances avec ce que nous venons d’exposer.

La réponse hormonale à un stress est donc une libération soudaine et importante d’adrénaline qui accélère le rythme cardiaque et stimule l’activité musculaire engénéral. La musique exprime le sentiment de stress (de grand mouvement désordonné, ou de colère) par la mise en valeur de tout ce qui est susceptible d’exprimer le mouvement2 : le tempo sera plus rapide, les temps faibles seront plus marqués, les dissonances seront plus importantes. Les ambitus mélodiques seront plus grands.

L’auditeur de ces musiques ressent extrêmement bien cette colère, ce stress, et si on l’interroge sur les émotions que lui a fait ressentir la musique, sa réponse est toujours très explicite.

C’est pour cette raison que l’expression de l’excès de mouvement est associée non seulement à la colère, à la violence, à la folie, mais aussi à la guerre, ou aux forces les plus destructrices de la nature éventuellement. L’extrait du « Sacre du Printemps » montré dans notre premier chapitre par exemple évoque souvent les forces primitives de la nature, un volcan en éruption par exemple, plus qu’un sentiment humain.

Le final de « Don Giovanni » de Mozart est une superbe expression musicale du stress et de la colère. Le chant du Commandeur à l’entrée du personnage marque son autorité grâce à un rythme lent, calme et régulier lié à de grands intervalles mélodiques qui permettent l’expression de sa force. Les trombones entrent dans l’orchestre à son entrée seulement pour le soutenir de leur puissance sonore. Puis la musique va s’animer peu à peu, le rythme va s’accélérer, se dédoubler, et des valeurs irrégulières vont se faire entendre. Le chromatisme dans les lignes de violons, puis de grands intervalles mélodiques dans celles de cuivres, l’accélération du tempo : tout exprime l’augmentation de la violence dans la dispute entre les deux personnages principaux. Cette mise en valeur du mouvement est amplifiée jusqu’à la mort de Don Giovanni et à sa disparition.

Voici comment Ravel, dans « l’Enfant et lessortilèges » évoque la colère de l’enfant, lorsqu’il est puni pour avoir tiré la langue à sa mère (au début de l’opéra). Le ton de l’opéra étant plutôt la comédie, la violence n’y est pas manifestée pour elle-même, il s’agit plutôt d’assister àla colère et à la violence de l’enfant sans la ressentir soi-même.

On trouve de la même façon un parallèle évident entre le fonctionnement régulier des organes et l’émotion que provoque une musique au rythme régulier, sans accent mélodique violent, ni dissonance excessive : on ressent de la détente, le sentiment d’une activité saine et non stressante, ainsi que l’idée de lucidité.

Nous donnions comme exemple musical d’expression du calme dans notre première partie le début du troisième mouvement de la « Neuvième Symphonie » de Beethoven. 

Les exemples abondent dans la musique classique d’une façon générale, comme celui du « Requiem » de Fauré dans de nombreux passages. 

Nous faisions d’ailleurs dans cette première partie un parallèle entre les différents tempos et les activités motrices. Nous disions que les tempos andante correspondaient à une activité calme, et ceux allegro à un mouvement plus dynamique. Nous trouvons dans ce parallèle entre l’activité reflex du corps et la musique une démonstration supplémentaireà notre propos.

Un sentiment de joie, situation heureuse et inattendue à la fois, sera par exemple exprimé par un rythme plus lent, des temps forts bien appuyés, mais aussi des éléments dynamiques comme des nuances fortes et des accents mélodiques importants.

Certaines maladies dues à des fièvres ou des inflammations trouveront ainsi une correspondance musicale dans l’expression d’un excès de mouvement : accents mélodiques importants, usage des contretemps, dissonances par exemple. Des maladies correspondant à un manque de vitalité au contraire comme les dépressions ou le froid, trouvent une expression musicale par un excès des éléments de repos, tels que la raréfaction mélodique, un tempo trop lent, trop peu de variation en général. Pensons à « L’air du froid » de Purcell, dans « King Arthur » : cette mélodie est composée en valeurs régulières de bout en bout, sans accent mélodique puisque chaque note se répète d’une façon monocorde. Seule une liaison lors des légères montées chromatiques, le plus petit petit intervalle qui soit, vient animer cette mélodie. On est comme pétrifié par cette absence de mouvement exprimée dans la durée! 

Notes :

1 : Par exemple, l’article de l’Encyclopaedia Universalis consacré à l’émotion ne traite que de ce sujet. Nous y renvoyons le lecteur si celui-ci souhaite trouver de plus amples informations sur ce sujet.

 

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